Qu’est ce que la légitimité esthétique ?

« Tout ceci nous amène à conclure en livrant quelques réflexions sur les cultures populaires, ou, plus exactement, sur les modes populaires d’appropriation du monde, en nous demandant quelles sont les conditions sociologiques d’accès aux réalités populaires (…) Tout d’abord, on est souvent amené à caractériser sociologiquement les classes populaires par leur « manque » (de ressources, de capitaux, de compétences…). Cherchant à reconstruire les conditions sociales d’existence des individus ou des groupes qu’ils étudient, les sociologues sont, la plupart du temps conduits, consciemment, ou par une simple routine de recherche, à « lire » ces conditions sociales à partir d’étalons de mesure qui sont des étalons de mesure du pouvoir (…) On en arrive ainsi au paradoxe qui consiste à penser les conditions d’existence des classes populaires à partir des conditions d’existence des dominants. (…) A partir d’une position strictement légitimiste (dénoncée ci-dessus), on en arrive logiquement à conclure qu’il n’y a pas de culture populaire, qu’il n’existe pas d’esthétique populaire. L’esthétique légitime étant définie comme la capacité de mettre à distance, à se détacher du monde, à fonder son appréciation sur la forme et non le contenu, à ne pas mélanger sentiment éthique et jugement esthétique, etc., et les modes populaires d’appropriation des produits culturels ne peuvent donc pas constituer une véritable esthétique. »

La raison des plus faibles, Bernard Lahire.

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La voix des maîtres

« L’expérience ne nous a pas seulement appris qu’il est impossible de décider à l’avance si les spéculations en apparence les plus désintéressées ne se révéleront pas un jour étonnamment secourables à la pratique. Ce serait infliger à l’humanité une étrange mutilation que de lui refuser le droit de chercher, en dehors de tout souci de bien-être, l’apaisement de ses faims intellectuelles. »

Le métier d’historien, Marc Bloch.

« L’objet de l’histoire est par nature l’homme. Disons mieux: les hommes. Plutôt que le singulier, favorable à l’abstraction, le pluriel, qui est le mode grammatical de la relativité, convient à une science du divers. Derrière les traits sensibles du paysage, les outils et les machines, derrière les écrits en apparence les plus glacés et les institutions en apparence les plus détachées de ceux qui les ont établies, ce sont les hommes que l’histoire veut saisir. Qui n’y parvient pas, ne sera jamais, au mieux, qu’un manoeuvre de l’érudition. Le bon historien, lui, ressemble à l’ogre de la légende. Là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier »

Apologie pour l’histoire, Marc Bloch.

Victorine Taillefer et ce qui fait la jeune fille

« Elle était jolie par juxtaposition. Heureuse, elle eût été ravissante: le bonheur est la poésie des femmes, comme la toilette en est le fard. Si la joie d’un bal eût reflété ses teintes rosées sur ce visage pâle; si les douceurs d’une vie élégante eussent rempli, eussent vermillonné ces joues déjà légèrement creusées; si l’amour eût ranimé ces yeux tristes , Victorine aurait pu lutter avec les plus belles jeunes filles. Il lui manquait ce qui crée une seconde fois la femme: les chiffons et les billets doux. »

Victorine Taillefer, dans le Père Goriot, Balzac.

Pour avoir une idée de l’atmosphère de mes sources…