la trace des mouvements par lesquels je ne suis plus à la place où j’étais tout à l’heure

Et ceci me conduit à une sorte de confidence: c’est que pour moi, le travail théorique, il ne consiste pas – et je dis ça non pas du tout par orgueil ou par vanité, mais au contraire par sentiment profond de mon incapacité – [il] ne consiste pas tellement à établir et fixer l’ensemble des positions sur lesquelles je me tiendrais et dont le lien (entre ces différentes positions) supposé cohérent formerait système. Mon problème ou la seule possibilité de travail théoriue que je me sente, ce serait de laisser, selon le dessin le plus intelligible possible, la trace des mouvements par lesquels je ne suis plus à la place où j’étais tout à l’heure. D’où, si vous voulez, ce perpétuel besoin, ou nécessité, ou envie, ce perpétuel besoin de relever en quelque sorte les points de passage où chaque déplacement risque par conséquent de modifier, sinon l’ensemble de la courbe, au moins la manière dont on peut la lire et dont on peut la saisir dans ce qu’elle peut avoir d’intelligible.

Michel Foucault, Leçon du 30 janvier 1980, Collège de France

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