De l’événement

« Je lus tout (…) En lisant ce livre en gros caractères pleins d’alinéas, on se rend compte que dans une seule vie il ne se passe pas grand chose quand on la raconte ainsi. Alors qu’un seul instant vécu contient plus que n’en peut décrire une caisse entière de livres. Il y a dans un événement quelque chose que son récit ne résout pas. Les événements posent une question infinie à laquelle raconter ne répond pas. » (p.51)

« César par le verbe créait la fiction d’une Gaule, qu’il définissait et conquérait d’une seule phrase, du même geste. César mentait comme mentent les historiens, décrivant par choix la réalité qui leur semble la meilleure. Et ainsi le roman, le héros qui ment fondent la réalité bien mieux que les actes, le gros mensonge offre un fondement aux actes, constitue tout à la fois les fondations cachées et le toit protecteur des actions. Actes et paroles ensemble découpent le monde et lui donnent sa forme. Le héros militaire se doit d’être romancier, un gros menteur, un inventeur de verbe. » (p.59)

Alexis Jenni, L’art français de la guerre.

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